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jeudi 19 février 2026

Le moulin sur la Floss : L'enfance : George Eliot et Marcel Proust

  

Je présenterai Le moulin sur la Floss et la Petite Fadette le 27 Février en même temps que Miriam pour le challenge Les deux George de la littérature mais j’avais envie de vous présenter plus particulièrement le thème de l’enfance dans Le moulin sur la Floss et le lien qui existe entre George Eliot et Marcel Proust.

 


 Le moulin sur la Floss est considéré comme le chef d’oeuvre de George Eliot en concurrence avec Middlemarch. Pour ma part, j'aime beaucoup les deux mais j'ai une préférence et une tendresse particulière pour Le moulin sur la Floss. Publié en 1860, l’intrigue commence en 1829 et s’étend sur une dizaine d’années. Maggie Tulliver, notre jeune héroïne, a 9 ans et son frère Tom, quatre ans de plus; nous les voyons évoluer dans la société anglaise des années 1830, de l’enfance à l’âge adulte, pendant une dizaine d’années. 

Le Moulin sur la Floss est une lecture attachante et l’un des plus beaux moments du roman est celui de la description de l’enfance. 

Maggie et Tom Tulliver vivent au moulin de Dorcolte dont leur père est le propriétaire. L’eau rythme donc le cours de leur vie et la Floss qui baigne les rives de la petite ville de Saint-Ogg ainsi que son affluent la Ripple président au bonheur comme au malheur des habitants du moulin. L’eau synonyme du temps qui passe. La mère, Madame Tulliver, tremble quand elle ne voit pas ses enfants, craignant qu’ils ne soient tombés dans l’eau profonde et noyés, et leur père raconte souvent l’histoire d’une crue qui dans le passé a fait des ravages, détruisant le moulin reconstruit depuis. 

 

Un univers poétique 

Moulin à eau : Eugène Chigot

Aux yeux de Maggie, petite fille sensible y a-t-il plus beau que le spectacle qui se déroule quotidiennement sous ses yeux et qui forme son univers poétique ? 

« Maintenant, je tourne les yeux vers le moulin et je regarde la roue qui projette sans relâche ses gerbes de joyaux liquides. Cette petite fille la regarde également : elle est là, exactement au même endroit, au bord de l’eau depuis que je me suis arrêté sur le pont. Et ce curieux chien blanc à l’oreille marron, un bâtard, semble, en sautant et en aboyant, adresser des reproches inutiles à la roue; peut-être est-il jaloux parce que la fillette au bonnet de castor est tellement fascinée par son mouvement. Il serait temps que la fillette rentre, me semble-t-il, il y a un beau feu vif pour l’attirer : la lueur rouge se détache sous le ciel de plus plus gris. Il est temps aussi pour moi de quitter la pierre froide de ce pont sur laquelle mes bras reposent. »  

Le point de vue de ce texte est celui d'un promeneur solitaire qui observe la scène mais on peut tout aussi bien penser que c’est l’écrivaine, elle-même, qui se revoit en Maggie et revit avec nostalgie sa propre enfance. On sait que George Eliot a mis beaucoup d’elle-même dans son jeune personnage. Et c’est peut-être pour cela que toute sa description de l’enfance sonne si justement, si finement, réenchante une époque qui n’est plus, ressuscite les sentiments de bonheur intense comme ceux de chagrin sans limites.

 Maggie est une fillette au teint brun, une petite sauvageonne aux cheveux noirs, épais, indisciplinés, fière et volontaire. Elle est imaginative et aime la lecture. Quand on la contrarietrop, elle s'enfuit chez les bohémiens don elle prétend devenir la reine, une aventure qui lui donne une bonne leçon. Sa mère déplore qu’elle soit aussi laide et aurait préféré une enfant blonde, au teint pâle, obéissante et docile comme sa cousine Lucy. Heureusement le père de Maggie adore sa fille et cet amour entre le père et la fille est très beau. Cependant les parents déplorent tous deux qu’elle soit trop intelligente ( ce qui est préjudiciable  pour une fille et risque de l'empêcher de trouver un mari). Elle est plus intelligente que son frère Tom qui ne manque pas pourtant de bon sens et possède un esprit pragmatique. C’est pourtant à lui que l’on paie des études coûteuses chez Mr Stelling pour apprendre le latin et le grec ( pour le plus grand malheur du pauvre garçon !) alors que sa soeur doit se contenter de glaner des connaissances dans les rares livres qui arrivent au moulin. 

De plus, Maggie adore, idolâtre Tom mais le grand frère est bien décevant. Il est taquin et moqueur, méprise les filles, préfère jouer avec son copain et chasser les rats. Maggie a bien des raisons d’être malheureuse et de pleurer seule dans son grenier en plantant des clous vengeurs dans sa poupée de bois ! « Elles sont amères ces peines de l’enfance ! Lorsque la peine est entièrement nouvelle et inconnue, lorsque l’espérance n’a pas encore d’ailes pour voler au-delà des jours et des semaines, et que l’espace d’un été semble infini. »

 

C'était une de leurs matinées de bonheur

Tom et Maggie : C'était une de leurs matinées de bonheur

 

 Mais l’affection de Tom pour sa petite soeur est réelle et heureusement il y a aussi les beaux moments, inoubliables. Tom amène sa soeur à la pêche : 

« C’était une de leurs matinées de bonheur. Ils trottaient et restaient assis ensemble, sans penser que la vie changerait jamais beaucoup pour eux : simplement ils grandiraient et n’iraient plus à l’école et ce serait toujours les vacances, toujours ils vivraient ensemble et ils s’aimeraient bien. » 

Toute la nature concourt à ce bonheur, la rivière, les arbres, le grand frêne, les fruits rouges de l’églantier et de l’aubépine, les rouge-gorges appelés « Les enfants du Bon Dieu » : 

« Le moulin avec son bruit sourd; le grand châtaignier sous lequel ils faisaient des cabanes. Leur petite rivière la Ripple et ses rives où ils se sentaient chez eux, où Tom observait toujours les rats d’eau, tandis que Maggie cueillait les plumets mauves des roseaux… » 

 Tous les sens participent à ce bonheur absolu de l’enfance et aussi à cette croyance que rien ne changera jamais. Et tout change, en vérité, mais si le passé peut revivre, remonter à la mémoire adulte comme s’il était encore proche de nous, c’est parce qu’il est lié justement à notre enfance, aux sensations que nous avons éprouvées, à nos habitudes … que l’éternelle renaissance de la nature nous permet de retrouver chaque année. 

« Nous n’aimerions pas autant la terre si nous n’y avions pas passé notre enfance… si ce n’était pas la terre où reviennent, chaque printemps, ces mêmes fleurs qui nous cueillions autrefois avec nos doigts minuscules, quand nous étions assis sur l’herbe à babiller tout seuls. » 

 

 La recherche du temps perdu

 


George Eliot où la recherche du temps perdu, George Eliot et le temps retrouvé grâce à l'enfance et aux souvenirs qui lui sont liés ! On comprend pourquoi Marcel Proust aimait autant Le Moulin sur la Floss. 

Quand George Eliot écrit : 

« Ces fleurs bien connues, ces chants d’oiseaux toujours présents à la mémoire, ce ciel à l’éclat intermittent, ces champs labourés et herbeux, qui ont chacun comme une personnalité que leur donnent les caprices des haies : voilà ce qui fait la langue naturelle de notre imagination, ce langage qui est chargé de toutes les associations subtiles et inextricables, que les heures fugaces de notre enfance ont laissé derrière elles. Le plaisir que nous prenons aujourd’hui à voir l’éclat du soleil sur les riches brins d’herbe pourrait très bien n’être que la perception vague de notre esprit las, sans l’éclat du soleil et l’herbe de ces années anciennes qui continuent de vivre en nous et transforment notre perception en tendresse. » 

Marcel Proust lui répond : 

 "Le côté de Méséglise avec ses lilas, ses aubépines, ses bleuets, ses coquelicots, ses pommiers, le côté de Guermantes avec sa rivière à têtards, ses nymphéas et ses boutons d'or, ont constitué à tout jamais pour moi la figure des pays où j'aimerais vivre, où j'exige avant tout qu'on puisse aller à la pêche, se promener en canot, voir des ruines de fortifications gothiques et trouver au milieu des blés, ainsi qu'était Saint-André-des-Champs, une église monumentale, rustique et dorée comme une meule ; et les bleuets, les aubépines, les pommiers qu'il m'arrive quand je voyage de rencontrer encore dans les champs, parce qu'ils sont situés à la même profondeur, au niveau de mon passé, sont immédiatement en communication avec mon coeur." 

 

 




dimanche 15 février 2026

Johana Gustawsson : Les morsures du silence

 

 

Les morsures du silence est un polar suédois écrit par une Marseillaise, Johana Gustawsson (voilà qui me rapproche géographiquement mais pour un temps seulement), elle s’est ensuite fixée à Paris, puis à Londres. Mariée à un suédois, elle est désormais franco-suédoise et vit sur l’île de Lidingö, à l’est du centre de Stockholm. C’est là qu’elle situe l’action.

Le roman commence par un prologue d’une telle force qu’il constitue une introduction saisissante au récit qui va suivre.

Il a vingt trois ans a eu lieu le viol et le meurtre d’une jeune fille pendant la sainte Lucie, fête traditionnelle en Suède. Le 13 Décembre, en effet, les jeunes filles vêtues d’une aube blanche, ceintes d’une ceinture rouge, ont coutume de défiler dans une procession jusqu’à l’église. Elles sont conduites par celle qui est élue « Lucia » et dont la tête porte une couronne de bougies. Le coupable du meurtre a été arrêté mais il a toujours clamé son innocence. Or, vingt trois ans après deux jeunes gens puis un homme plus âgé sont assassinés et leur corps est découvert, revêtu d’une aube blanche et d’une ceinture rouge.

Voilà qui interroge forcément le commissaire Alexandrer Storm. Mais quels liens peut-il y avoir entre ces trois victimes et comment rattacher ces meurtres à celui de la jeune fille si longtemps après ?
Alexander Storm va recevoir l’aide d’une policière française, Maïa Rehn, venue s’installer en Suède récemment.L’enquête est donc menée à deux voix qui se répondent et complètent peu à peu le puzzle.

Une intrigue policière qui, à priori peut paraître classique, mais dont le traitement ne l’est pas ! D’abord parce que l’on s’intéresse aux personnages, à leur psychologie, à leur souffrance, un histoire dans l’histoire.  Pourquoi Maïa est-elle venue se réfugier sur l’île ? Que ressent-elle ? Que fuit-elle ? On sent parfois que son comportement n’est pas  tout à fait logique. Et le commissaire Storm a aussi une vie familiale compliquée. Le fait que Maïa soit française nous permet aussi de voir les Suédois d’une autre manière, en recevant des réponses sur leurs habitudes vues par une étrangère, ce qui n’est pas le cas quand l’auteur est suédois de souche !

De plus, l’intérêt du roman n’est pas seulement dans l’intrigue policière mais dans ce que veut dire l’écrivaine sur le viol, sur la sidération des victimes du viol, sur la nécessité du consentement, le véritable thème de ce roman, semble-t-il. Bien sûr, c’est un sujet qui est souvent traité en ce moment (et pour cause ! et tant mieux !) mais c’est fait en l’intégrant d’une manière tout à fait naturelle à l’action et si étroitement que cela ne paraît pas plaqué mais participe à la force du récit.

Donc un bon roman à retenir pour les adeptes du polar suédois. J'avais bien aimé l’atmosphère mystérieuse de son précédent roman L’île de Yule qui se passe aussi sur une petite île de Stockholm.   

 

 Chez Cléanthe




 

lundi 9 février 2026

Celeste Ng : Tout ce qu’on ne s’est jamais dit



Tout ce qu’on ne s’est jamais dit de l’écrivaine américaine d’origine chinoise Celeste Ng est un premier roman très réussi ! 

Tout commence comme un roman policier : Lydia Lee, seize ans, se noie dans le lac situé près de sa maison ! S’agit-il d’un meurtre ou d’un suicide ? Le lecteur ne suivra l’enquête que de très loin et n’apprendra la conclusion des investigations menées par la police qu’à la fin car ce n’est pas ce qui intéresse l’auteur.

James Lee est d’origine chinoise mais il est né aux Etats-Unis de parents émigrés très modestes. Il a six ans en 1938 et il a pu faire des études grâce à une bourse. Il est désormais professeur d’université et enseigne l’histoire américaine. Pourtant il n’a jamais pu s’intégrer et a subi pendant toute son enfance et sa vie d’adulte, y compris dans son métier de professeur, le  racisme, les humiliations, le mépris et la solitude.

Marylin est une blanche américaine mais lorsque à la fin des années 1950, elle entre à l’université pour réaliser son rêve, être médecin, elle ne rencontre que scepticisme et incrédulité de la part de ses professeurs comme de sa famille. Puis elle tombe amoureuse de son professeur, James, est enceinte et se marie. Elle  est obligée d’abandonner ses études. Sa mère, très  conservatrice et  pour qui une femme doit s’occuper de son foyer et de son mari a pour livre de chevet un livre de cuisine ( années 50 ) très... instructif !  

« Si vous tenez à faire plaisir à un homme – préparez-lui une tarte. Mais assurez-vous que la tarte est parfaite. Plaignez l'homme qui n'a jamais trouvé en rentrant chez lui une tarte à la citrouille ou à la crème anglaise»

ou encore 
«  quelque chose vous procure-t-il plus de satisfaction qu’un alignement de bocaux et de verres étincelants sur votre étagère ? »


Elle rompt toute relation avec sa fille à cause de ce mariage mixte qu’elle juge contre nature. 

« Quelques jours auparavant, à quelques centaines de kilomètres de là, un autre couple s'était également marié - un homme blanc et une femme noire qui partageaient un nom des plus appropriés ; Loving. Quatre mois plus tard, ils seraient arrêtés en Virginie, la loi leur rappelant que le Seigneur tout puissant n'avait jamais eu l'intention que les Blancs, les Noirs, les Jaunes et les Rouges se mélangent, qu'il ne devait pas y avoir de "citoyens bâtards, aucun effacement de la fierté raciale". Quatre ans s'écouleraient avant qu'ils ne protestent, et quatre de plus avant que le tribunal ne leur donne raison, mais de nombreuses années passeraient avant que les gens autour d'eux ne fassent de même. »

Marylin souffre d’avoir dû abandonner sa carrière et ne supporte pas la vie de femme mariée. Elle abandonne ses enfants et son mari pour reprendre ses études mais, enceinte d’Hannah, revient au bout de deux mois, causant à ses deux aînés un traumatisme qui ne s’effacera pas mais dont personne ne parle.

Le véritable sujet du roman, c’est donc la famille Lee, et ses blessures intimes, si profondes que rien ne semble pouvoir les combler et qui interagissent sur chaque membre de la famille. La violence sociale, le racisme, le machisme voire la misogynie de la société donnent lieu à à une autre forme de violence, intrafamiliale, psychologique celle-là, et qui est d’autant plus pernicieuse qu’elle s’ignore.

Les enfants, Nath, brillant étudiant qui va bientôt intégrer Harvard, Lydia, la préférée, la jolie métisse aux yeux bleus, sur laquelle sa mère reporte tous ses rêves d’être médecin, et Hannah, la petite soeur dont personne ne s’occupe, vont subir le contrecoup des déceptions de leurs parents. Les jeunes gens, déjà ostracisés dans une société raciste qui ne supporte pas le métissage, subissent, dans leur famille pourtant aimante, une pression  psychologique souvent insupportable.  Inquiétude du père quant aux humiliations que subissent ses enfants et maladresse quand il cherche à savoir s’ils ont des amis ou quand il leur recommande, de façon compulsive, de sourire, de faire profil bas, d’entrer dans le moule, d’être populaire. Intransigeance de la mère qui pousse sa fille dans les matières scientifiques, ne lui laissant pas le temps de rêver ou de se distraire. Des parents obsessionnels et névrotiques, marqués par le rejet qu’ils ont subi, et qui ne sont pourtant pas complètement antipathiques tant l’on sent leur besoin de faire du mieux qu’ils le peuvent pour leurs enfants, encore que leur préférence pour Lydia  s’exerce aux dépens des deux autres.
 
L’écrivaine rend avec force cette tension qui existe entre les différents membres de la famille tout en variant les points de vue, celui de la petite dernière, Hannah, l’observatrice souvent cachée sous la table, étant d’une grand lucidité. Toutes les choses que l’on ne se dit pas… Une lente et difficile reconstruction de la famille après le drame.

Un bon roman très bien conduit et dans lequel on entre peu à peu sans pouvoir s’en échapper  !
 

dimanche 1 février 2026

Bella Ellis : Une enquête des soeurs Brontë : La mariée disparue

  

Avignon, Médiathèque Ceccano 2026 :  je  sors bredouille quant aux titres que je suis venue chercher après mes lectures dans vos blogs, quand je tombe au hasard d’une étagère sur :  Une enquête des soeurs Brontë  de Bella  Ellis :  La mariée disparue Tome 1.
Là je me sens piégée ! Bon, je décide, et c’est un à priori, que l’enquête sera  sans grand intérêt…  mais comment résister, à Charlotte, Emily et Anne ? Impossible !
Et bien finalement c’est plutôt une bonne pioche et j’ai éprouvé du plaisir à lire ce livre !

Yorkshire,presbytère d’Haworth, 1845 : Les trois soeurs Brontë apprennent qu’une mystérieuse disparition a eu lieu dans le manoir de sir Robert Chester proche du presbytère de leur père. Sa femme Elizabeth a disparu et du sang est retrouvé dans sa chambre. Enlèvement ? Meurtre ? On a vite fait de soupçonner les gitans mais la piste ne donne rien. La jeune femme laisse deux enfants qu'elle adore et on ne peut la soupçonner de les avoir abandonnés. Voilà qui intrigue les soeurs Brontë et ceci d’autant plus que la première épouse du châtelain s’est suicidée quelques années auparavant en se jetant du toit du Château.
Il n’est pas facile, à cette époque, pour des femmes, ces créatures inférieures et faibles d’esprit, de mener une vie indépendante, de courir la lande, de voyager d’une ville à l’autre sans chaperon, d’interroger des hommes d’égale à égal !  Mais les Brontë ont du caractère et l’enquête s’organise.

Au début l’histoire policière est très classique et chaque chapitre qui porte le prénom d’une des soeurs, nous apporte son lot de découvertes. Puis, l’on se sent pris peu à peu par l’ambiance étrange et mystérieuse et il faut reconnaître qu'avec Emily le récit se corse, sa course au clair de lune sur la lande, la découverte macabre dans le manoir du veuf, un autre Heathcliff (?), la présence du surnaturel  (?) ou  bien l’imagination délirante de la jeune fille, tout nous plonge dans le roman gothique de la fin du XVIII siècle, si prisé des romantiques ! De même le dénouement du roman avec Charlotte n’est pas sans rappeler la fin de Jane Eyre
Donc, l’histoire policière m’a intéressée et puis plus que tout, la vie des soeurs et de leur frère Branwell, leur caractère respectif, leurs sentiments, leur intelligence, leur imagination, leurs chamailleries. Bella Ellis sait faire vivre ces jeunes femmes de l’époque victorienne. Elle les prend à un moment où ils sont tous, avec leur frère, réunis dans la maison de leur père. Charlotte est revenue de Belgique, extrêmement  tourmentée par son amour impossible pour un homme marié, le professeur Heger, que ces deux soeurs jugent comme un être falot et imbu de lui-même. Branwell s’est fait renvoyer de l’entreprise où il travaillait pour avoir eu une liaison avec la femme de son patron, et de ce fait, Anne qui travaillait comme gouvernante dans la même maison a été chassée, ce qu’elle  digère mal !  On la comprend ! Branwell est alcoolique et opiomane et ses soeurs cherchent à la sortir de cette mauvaise passe.  Tous les Brontë écrivent mais ils ont abandonné ou presque leur monde imaginaire fabuleux La confédération de Glass Town, le pays d’Angria et plus tard le pays de Gondal. Le climat de la maison est souvent mélancolique. C’est dire que Charlotte, Emily et Anne abordent l’enquête fictive avec conviction !

 Cases : campagne anglaise, manoir, détective amateur, féminicide,V.I.P

 


 


mercredi 28 janvier 2026

Anne Fine : Le Noël du Chat assassin, Le chat assassin, le retour

 

Le Noël du Chat assassin, ce livre offert à la Noël avec Le chat assassin, le retour, a obtenu un vif succès tant auprès de mon petit-fils que de sa grand-mère ! 

« Allez-y, posez-moi la question : Mon cher Tuffy, pourquoi as-tu passé un affreux Noël? Et je vous dirai tout. 
Que cette fête n'est pas pour les chats. Imaginez un arbre sur lequel il est interdit de grimper, ces décorations, si tentantes, que l'on n'a pas le droit de toucher.
Et ces magnifiques guirlandes, brillantes, éclatantes, accrochées bien trop haut.
Et ces petits paquets-cadeaux scintillants que l'on doit tenir bien loin de nos pattes. »


Anne Fine, c’est une écrivaine que mes filles lisaient déjà quand elles étaient ados mais je ne connaissais pas ce numéro de haute-voltige, prénommé Tuffy, chat et assassin par nature ! Comme sa petite maîtresse Ellie, je prends la défense de cette adorable petite bête ! Je reconnais pourtant qu’il faut avoir les nerfs solides pour lui résister et ce n’est pas le cas de Monsieur Total-Grognon ( le père) et de Madame J'ai-encore-les-yeux-rouges-plein-de-larmes-et-je-me-cramponne-à-ma-robe-en-lambeaux... lacérée par Tuffy  ! (la mère). 

Est-ce la faute, après tout, de ce pauvre animal, s’il est incompris du reste de la famille, si personne ne l’aime, si tout le monde ou presque lui en veut. Il arrache les étiquettes des cadeaux disposés au pied de l’arbre ? et le sapin finit par terre?

« Mais vous m'expliquerez pourquoi je suis coupable une fois de plus. Ce n'est pas ma faute si ma queue donne des petits coups d'un côté et de l'autre. Je suis un chat, et c'est ce qui arrive à nos queues quand, nous autres chats, nous sommes fâchés. Ma queue fait partie de moi, c'est le prolongement de mon derrière. Et je ne passe pas mes journées à regarder ce qui se passe dans le prolongement de mon derrière ! Vous non plus, je suppose ? Alors comment remarquer que mes petits coups de queue arrachent les étiquettes des paquets et les poussent sous le tapis? »


Et l’image suivante vous dira aussi pourquoi on lui reproche tant d’avoir tué une mite ! 


Avec Le chat assassin, le retour, tout aussi réussi, nous suivons Tuffy dont les humains sont partis en vacances, le laissant sous la garde d'un pasteur. Encore un qui ne comprendra pas notre petit ange innocent, et qui - Tuffy a le regret de nous l’annoncer - profèrera des paroles peu en accord avec son ministère ! 




C’est le genre d’humour que j’adore. Ces petits livres qui provoquent un vif plaisir de lecture sont facilement accessibles à tous ceux qui commencent à lire comme aux plus aguerris ! Et il y en a pour tous les goûts ! Journal d’un chat assassin; Le chat assassin contre-attaque; Le chat assassin, anniversaire mortel; Le chat assassin, le chat qui en savait trop; Le chat assassin ne lâche rien; le chat assassin tombe amoureux … et j’en passe !


 


mardi 27 janvier 2026

Nathacha Appanah : La nuit au coeur


 

Comme le Roman de Neige Sino, Triste Tigre en 2023, La nuit au coeur de Nathacha Appanah est un roman qu’il faut lire et qu’il faut faire lire aux (grands) adolescents.  Ce n’est d’ailleurs pas fortuit si  ces deux auteures ont reçu toutes deux, entre autres, le prix Femina et le prix Goncourt des Lycéens.
Oui, le faire lire aux adolescents pour une prise de conscience de tous, filles et garçons, sur le respect mutuel que chacun se doit, sur la liberté de la femme et aussi sur les carences d’une société et d’une justice qui ne protègent pas suffisamment les femmes en détresse et laissent se commettre des crimes, parfois à peine punis.

Mais si je souligne le côté urgent de ce livre, à l’image de ces trois femmes que l’écrivaine nous décrit courant pour échapper à leur bourreau, il faut ajouter qu’il s’agit aussi d’une oeuvre littéraire très fouillée au niveau psychologique et qui dresse une description sidérante du mécanisme de l’emprise mentale et physique d’un homme sur une femme comme c’est généralement le cas. Cette domination sape l’estime de soi, humilie, avilit, aveugle, crée une dépendance dont il est impossible de se défaire. Elle isole la personne de sa famille, de ses amis, et l’enferme, la livrant sans aide, sans soutien, à son prédateur.  Cette emprise explique, ce qui est très difficile à comprendre pour quelqu’un d’extérieur, pourquoi la victime malgré le danger, malgré la menace de mort qui pèse sur elle, revient le plus souvent vers celui qui l’enferme ainsi. Une dénonciation du féminicide sobre mais intense.

La maîtrise du style comme celle de la construction du récit font de La Nuit au coeur un roman réussi et un brulôt qui alerte sur les dangers du féminicide et sur l’importance de mettre tout en oeuvre au niveau de l’état pour venir en aide à celles qui en ont besoin.


***


En 2023 en France, 96 femmes sont mortes victimes d'un féminicide conjugal selon le ministère de l'intérieur, un chiffre en baisse de 19% par rapport à 2022.  

En 2024, 107 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-compagnon, soit +11 % par rapport à 2023. 

En 2025, 163 féminicides,  une hausse par rapport à l’année 2024

En cas d’urgence, contactez la police : par téléphone au 17 ou par SMS au 114 (s’il vous est difficile de parler ou d’entendre) ou encore en le signalant sur le tchat en ligne www.service-public.fr/cmi

Vous pouvez également appeler le numéro d’écoute national d’information et d’orientation (Violences Femmes Info) au 3919 (anonyme et gratuit).  

dimanche 25 janvier 2026

Einar Karason : Oiseaux de Tempête

 

 

Avec Oiseaux de Tempête de l’écrivain islandais Einar Karason nous découvrons le récit d’une terrible tempête qui a eu lieu au large de Terre-Neuve et a coulé plusieurs navires à leur retour de leur campagne de pêche. Si Einar Karanson relate un fait réel survenu en 1959, il choisit d’écrire un roman. Les personnages bien que sommairement esquissés, nous permettent de nous attacher à des destinées individuelles :  celle du jeune marin, Larus dont le nom en islandais signifie Goeland, narrateur de cette épouvantable équipée en mer, le maître d’équipage, un  géant qui lui sauve la vie, le commandant du navire qui ne quittera pas son poste pendant toute la tempête, le maître coq qui assure le ravitaillement et les boissons chaudes… Le récit n’a pas d’ordre chronologique et mène de front plusieurs périodes de l’histoire en bousculant la temporalité, racontant l’embarquement, la vie frustre et sans bonheur de ces hommes lors de leur retour des campagnes, le voyage aller assez calme, la description de la pêche, le déchaînement de la tempête…
Mais, plus qu'un roman Oiseaux de Tempête est un documentaire sur les pêcheurs terre-neuviens, sur la pêche en mer, le maniement des chaluts au large de Terre-Neuve dans une zone poissonneuse où la campagne de pêche durait peu, tant les cales des navires étaient  rapidement remplies. Toutes les nationalités se retrouvaient dans cette zone appelée zone des mouettes tridactyles car elles aussi sont attirées par l'abondance de poissons. Le récit est donc extrêmement précis dans les faits, le vocabulaire, les gestes, les mentalités, et peu à peu nous sommes  entraînés  dans ce cauchemar, la tempête, qui paraît ne jamais devoir cesser. Les hommes livrent un combat démesuré contre la nature déchaînée, affrontant les déferlantes terrifiantes qui s’abattent sur le navire quand eux-mêmes sont sur le pont en train d’essayer de briser et d’évacuer la glace qui se forme sur le navire, l’alourdit et menace de l’envoyer au fond. La lecture devient de plus en plus prenante, nous sommes prisonniers ce récit glaçant dans tous les sens du terme, qui est un hommage au courage de ces marins islandais.


« A première vue, lorsque la glace s’amoncelle sur un navire, il semble impossible de s’en débarrasser : elle a non  seulement l’apparence du verre, mais également sa dureté. Or celle qui s’accumule sur notre bateau n’a rien d’une mince pellicule qu’un gamin pourrait briser en y jetant des cailloux, c’est une gigantesque sculpture de cristal, elle enfle et se boursoufle, enfantant toutes sortes de de figures qui semblent nées de la main d’un artisan esthète alors qu’en réalité, elle se contente d’épouser les courbes du navire et, en premier lieu, de tout ce qui se trouve au-dessus de la coque. Les grands hublots de la passerelle de commandement forment de longues lignes bombées qui font penser à des montagnes ou à des pistes enneigées, les tiges d’acier destinées à recevoir les bacs à poisson semblent vouloir se hisser à la hauteur des gratte-ciel d’Amérique, le bastingage n’est plus qu’un mur de glace, les câbles et les haubans, d’ordinaire à peine plus épais que le pouce d’un robuste bosco, ont maintenant la circonférence des canalisations d’égout, les potences à filets installées à bâbord et tribord sont devenues deux gros blocs de verre tout comme le château et l’ensemble des objets présents sur le pont, parmi lesquels ceux-là mêmes qui sont censés assurer notre salut, les canots de sauvetage. »

 

vendredi 23 janvier 2026

challenge : Les deux George de la littérature

  

Le challenge Les deux George de la littérature vous invite à vous joindre à nous, Miriam et Claudialucia, et à partager nos lectures  sur George Sand (1804-1876) et George Eliot ( 1819- 1880).

Vous pouvez lire leurs romans, nouvelles, biographies, autobiographie, leur correspondance avec les personnalités de leur époque. Le choix est riche et variée

 

Des point communs

George Sand

Ces deux écrivaines, française et anglaise, ont beaucoup de points communs, et d’abord le choix du même pseudonyme masculin, George, dans une société qui ne permettait pas aux femmes de s’affirmer comme telles lorsqu’elles écrivaient ou lorsqu’elles cherchaient à sortir du cadre étroit qui leur était assigné, foyer et maternité. Il s’agit donc d’une contestation de cette société dont les lois maintenaient les femmes sous la dépendance masculine tant au niveau juridique qu’intellectuel.  Le prénom George ?  Courant à l’époque, il permet de se libérer du carcan social. 

 Toutes deux vivront de leur plume. Toutes deux ont choisi d’être indépendantes, en bravant les interdits de leur société,  selon une conduite jugée scandaleuse pour l’époque.


Amantine Aurore Dupin, baronne Dudevant, a secoué « l’affreux joug du mariage » en se séparant de son mari et en vivant de sa plume. Elle affiche ses amants dont Jules Sandeau à qui elle emprunte, par la suite, son pseudonyme Sand.

 

George Eliot

 

Mary-Ann Evans a d’abord eu une période de ferveur religieuse. Puritaine, elle observe une vie austère mais dans les années 1840 sa rencontre avec des intellectuels libres-penseurs va faire évoluer sa pensée. Plus tard, elle vivra avec George Henry Lewes, un homme marié et père de famille, dont elle prendra le prénom pour écrire. Elle aussi connaîtra le succès littéraire.

 

Des différences 

George Sand

 

Mais les différences entre les deux écrivaines sont aussi nettes et le challenge Les deux George de la Littérature nous permettront de les découvrir.

George Sand commence à écrire dans les années 1830 et illustre la seconde génération du romantisme. Son oeuvre est marquée les thèmes propres à ce mouvement, lyrisme, idéalisme, exaltation des passions, sens de la nature. Elle met la littérature au service de ses idées féministes  puis de ses idées socialistes. Ses romans du monde rural dans les années 1840 sont réalistes dans la mesure où elle connaît bien ce milieu mais elle ne s’interdit pas l’idéalisme dans les descriptions des personnages. Ses romans sont engagés dans les débats sociaux, elle décrit les conditions de vie des paysans, elle prône l’égalité sociale. Elle est républicaine et socialiste et elle prend position lors de la révolution de 1848.

Dans la préface de La Mare au diable elle écrit :  « Nous croyons que la mission de l’art est une mission de sentiment et d’amour, que le roman d’aujourd’hui devrait remplacer la parabole et l’apologue des temps naïfs (…) . Son but devrait être de faire aimer les objets de sa sollicitude, et, au besoin, je ne lui ferais pas un reproche de les embellir un peu. L’art n’est pas une étude de la réalité positive ; c’est une recherche de la vérité idéale… »


George Eliot


George Eliot qui écrit dès les années 1850 décrit avec réalisme la vie provinciale de l’Angleterre victorienne. Ce qui l’intéresse, c’est la justesse de la description psychologique des personnages,  sans embellissement. Elle présente une critique de la société et de ses hypocrisies. Elle critique la condition féminine et les interdits moraux de la société victorienne. Mais elle n’a pas le même engagement politique et social que George Sand. Elle veut réformer la société par une approche morale et philosophique. Dans une lettre de 1968, elle écrit : 

« Le seul effet que je désire ardemment produire par mes écrits est que ceux qui les lisent soient davantage capables d’imaginer et de ressentir les peines et les joies de ceux qui sont différents d’eux. »


Leurs oeuvres



George Eliot

 George Eliot en a écrit 7 romans et des nouvelles : 

Adam Bede (1859), 

Le Moulin sur la Floss (1860), 

Silas Marner (1861),

Romola (1862–1863), 

Felix Holt, le radical (1866), 

Middlemarch (1871–1872) 

 Daniel Deronda 

et Scènes de la vie cléricale : trois nouvelles Amos Barton, Mr. Gilfil's Love-Story et Janet' Repentance paru en 1857 

George Sand

George Sand a écrit plus de 70 romans et 50 volumes d’oeuvres diverses, nouvelles, contes et légendes, correspondance, pièces de théâtre, essais, articles. Impossible de les citer tous !  Voici les oeuvres principales classées par thème : 
 
Féminisme, amour et mariage
Œuvres qui dénoncent le mariage imposé, l’inégalité entre hommes et femmes et défendent l’émancipation féminine.
    •    Indiana
    •    Valentine
    •    Lélia
    •    Jacques
    •    Lucrezia Floriani

 Romans champêtres : Nature, ruralité et idéalisme
Le Berry est le cadre de ces romans qui mettent en valeur les qualités du peuple, sa sagesse, sa dignité.
    •    La Mare au Diable
    •    François le Champi
    •    La Petite Fadette
    •    Les Maîtres sonneurs

 Justice sociale, peuple et politique
Sand  prône l’égalité sociale et la valeur des travailleurs.
    •    Le Compagnon du tour de France
    •    Le Meunier d’Angibault
    •    Horace
    •    La Ville noire

 Art, musique et création
Réflexion sur le rôle de l’artiste, la création, la grandeur de l’art en particulier de la  la musique.
    •    Consuelo
    •    La Comtesse de Rudolstadt
    •    Les Beaux Messieurs de Bois-Doré
    •    Les maîtres sonneurs

Philosophie, idéalisme 
Œuvres marquées par le romantisme.
    •    Lélia
    •    Spiridion
    •    Gabriel

 Autobiographie et écrits personnels
    Histoire de ma vie

Fantastique, Contes et Légendes

le château de Pictordu

légendes rustiques

Contes de grand-mère

la fée aux gros yeux

la fée poussière


Théâtre dont 31 pièces

Le roi attend (1848)    
     
Claudie (1851)

Le Marquis de Villemer (1864)

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Biographies


George Sand 

George Sand Martine Reid 

Lélia ou la vie de G Sand André Maurois

George Sand ou le scandale de la liberté Joseph Barry

George Sand Audrey Pennel

George Sand Danielle Netter 

George Eliot

L’autre George de Mona Ozouf

Une passion pour George Eliot de Kathy o’Shaughnessy

George Eliot Rosemary Ashton Édition en Anglais 

 

Comment participer ?

 

 
 
Le challenge durera un an :  Du mois de Février 2026 au mois de Février 2027


Vous  pouvez participer en lisant librement un livre de George Sand et/ou de George Eliot de votre choix et en publiant un billet le 30 du mois (pour  Février le 27).

Ou /et nous rejoindre dans des Lectures communes.

Pour  le 27  Février  

George Eliot  :  le moulin sur la Floss  et un livre de Sand soit  Le Moulin d'Angibault, soit La Petite Fadette au choix

Pour le 30 mars

Silas Marner de George Eliot et un roman champêtre de George Sand au choix

pour le 30 Avril

La ville noire de Sand et Felix Holt le radical d'Eliot 

Pour le 30 Juin

Une biographie de George Eliot (en français ou en anglais) et une biographie de George Sand.


Pour le 30 juillet et le 30 août: Liberté de découverte pas de LC.

et l’on verra par la suite pour la reprise des LC.

 

Pour ma part, j'ai participé à  un challenge George Sand il y a quelques années mais je suis loin d'avoir tout lu d'elle ! Voir Ici 

 

Et j'ai lu récemment :  Middlemarch de George Eliot

 

Les logos à utiliser : 

 








dimanche 18 janvier 2026

Jolan C. Bertrand : Les soeurs Hiver


 

Cet adorable livre pour enfants Les soeurs Hiver de Jolan C. Bertrand (8-11ans) commence ainsi : 
 

"Autrefois, il y avait deux hivers, la Grande et la Petite La Grande apportait les tempêtes, les bourrasques, les nuits froides et glaciales contre lesquelles même le feu n’y peut rien. C’était l’hiver rude et brutal…
Et la Petite, c’était les lacs qui gèlent avant les premières chutes de neige pour y faire du patin, les batailles de boules de neige, les glissades en luge, le marché d’hiver, et la fête de Yüle. C’était l’hiver doux et léger…"

 

Mais lorsque la Petite disparaît provoquant le chagrin et la colère de la Grande, les habitants de Brume ne connaissent plus que le froid terrible et sans merci qui malmène leur vie et ne dispense plus aucun des plaisirs de l’hiver. A ces tourments, s’ajoute la multiplication des larcins par les Trolls qui dérobent aux villageois leurs biens les plus précieux. Le village est accablé. Ragnar, l’oncle d’Alfred, décide de partir à la recherche des trolls pour arrêter les vols. Alfred est un jeune garçon orphelin, élevé par son oncle et sa grand-mère. Il aime faire des blagues pas toujours gentilles en accord avec son Dieu préféré, le malin Loki. Mais que peut-il faire lorsque Frid, l’oracle aveugle de Brume, lui ordonne de partir à la suite de Ragnar sinon celui-disparaîtra et plus personne ne le reverra ?

 



Alfred se lance à la poursuite de son oncle dans l’immense forêt boréale, au-devant d’aventures périlleuses qui l’amèneront à rencontrer la Renarde aux yeux de feu qui dévore la lune, les Trolls aux cheveux violets, le Renne blanc nommé Lichen et qui sait ? peut-être ? la Petite, celle qui peut calmer la colère de La Grande et ramener la douceur de l’hiver.

 

  

Ce roman de Jolan C. Bertrand est écrit dans un style vivant, poétique, qui relance sans cesse l’intérêt. L’écrivain puise dans la culture nordique, celle des Vikings mais aussi des éleveurs de rennes, leurs modes de vie, le nomadisme,  leurs croyances avec ces affreux et délicieux petits Trolls en forme de caillou, avec le Dieu Loki, flamboyant, et les divinités de l’hiver. 

 


 

L’illustration de Tristan Gion pleine de finesse et d'invention souligne la féérie du récit et la beauté de ce récit qui laisse libre cours à l’imaginaire.

 







Lichen, La Petite et Alfred



vendredi 16 janvier 2026

Anne Perry : La Fiancée de Noël et Dans l’oeil du cyclone.

  

« Un médecin et son apprenti se battent pour sauver les Londoniens les plus démunis, et découvrent que le cœur des hommes peut être plus glacial que l'hiver...
Scuff a bien grandit depuis l'époque où, orphelin sans le sou, il se débrouillait pour gagner sa vie sur les rives de la Tamise. Aujourd'hui, il étudie la médecine dans une clinique gratuite dirigée par le Dr Crowe, son mentor. Mais Crowe lui semble distrait depuis qu'il a assisté à une altercation entre une ancienne patiente fortunée nommée Ellie - une femme qu'il a non seulement soignée, mais pour laquelle il a développé des sentiments inavoués - et son fiancé. Alors que ses émotions refont surface, Crowe entreprend de découvrir le lien troublant entre Ellie, son père et son fiancé. Pendant qu’il mène l’enquête, Scuff s’occupe de la clinique et recueille une petite fille abandonnée et son chaton et les met à l’abri du froid et de la faim.» (résumé 4 ième de couverture)

Je sais que de nombreuses lectrices plébiscitent le polar de Noël d’Anne Perry, c'est pourquoi j’ai voulu en découvrir un avec le roman La fiancée de Noël trouvé en bibliothèque. Je suppose que les  passionnés du genre doivent éprouver du plaisir à retrouver les personnages des roman précédents, ce qui n’est pas mon cas évidemment puisque c'était le premier que je lisais d'elle.  
Et je le dis tout de suite, je n’ai pas été convaincue par La Fiancée de Noël. L’intrigue est peu passionnante et laisse le lecteur sur sa faim. Evidemment comme il s’agit d’un livre de Noël, la fin est plus qu’attendue ! Mais ce n’est pas le happy end qui m’a gênée puisqu’il fait partie de ce que l’on attend du genre dans le style conte de fées, non, ce qui est gênant, c’est tout simplement que l’histoire est bien mince, sans grand intérêt..

J'ai lu dans Babelio que ce n'est pas le meilleur polar de Noël d'Anne Perry, il me faudra alors en lire d'autres.



Puisque j’y suis je continue  avec Anne Perry. Au hasard de mes pioches en bibliothèque, j’ai lu Dans l’oeil du cyclone.
Il s’agit un roman historique puisqu’il se passe entre les deux guerres :  après la guerre de 14-18, en 1933,  les personnages sont marqués par le deuil. L’héroïne Elena Standish a perdu son frère et sa soeur Margot Driscoll, son mari. La montée du nazisme préoccupe chacun  et le gouvernement anglais se place du côté d’Hitler en qui il voit un rempart contre le communisme. Dans la famille Standish,  le père d’Elena et de Katherine refusent de considérer Hitler et son parti comme dangereux car il veut préserver  la paix à tout prix. Leur grand-père Lucas Standish, au contraire, dénonce, l’absence de réaction face à la politique autocratique, raciste et violente du nazisme. Il faut dire, car il s’agit aussi d’un roman d’espionnage, que Lucas a été chef d’un service d’espionnage anglais le M16 pendant la dernière guerre  et qu’il partage l’avis de Winston Churchill (que plus personne n’écoute), sur Hitler. Elena Standish va se retrouver, bien malgré elle, au centre de meurtres qui vont l’amener jusque dans l’Allemagne hitlérienne où le piège semble vouloir se refermer sur elle.

Intrigues mouvementées, amours déçus, suspense, coups de théâtre, Anne Perry ne ménage pas ses effets. Pourtant, je  n’ai pas trop aimé l’histoire dans la mesure où il y a des invraisemblances et où la fin est assez décevante, l’histoire personnelle prenant le dessus sur l’histoire politique et ramenant l’intrigue au niveau de la sphère privée d'une manière un peu surfaite.

 

 

Chez Alexandra Je lis je blogue

 

mercredi 24 décembre 2025

Bonnes fêtes et bonne année à tous

Gustav Klimt : champ de coquelicot

 

 Avec les jardins de Klimt et ses couleurs féériques pour regarder l'année nouvelle avec optimisme, je vous souhaite de bonnes fêtes. Tous mes voeux pour la nouvelle année 2026

 

Gustav Klimt


Rire avec le poète : 

Sur la maison du rire

"Sur la maison du rire
un oiseau rit dans ses ailes
Le monde est si léger

Qu’il n’est plus à sa place
Et si gai
Qu’il ne lui manque rien."


Dire oui, avec le philosophe : 

Pour la nouvelle année 
 
Gai-Savoir, Friedich Nietzsche 

Pour la nouvelle année. — Je vis et je pense encore : il faut encore que je vive, car il faut encore que je pense. Sum, ergo cogito : cogito, ergo sum. Aujourd’hui je permets à tout le monde d’exprimer son désir et sa pensée la plus chère : et, moi aussi, je vais dire ce qu’aujourd’hui je souhaite de moi-même et quelle est la pensée que, cette année, j’ai prise à cœur la première — quelle est la pensée qui devra être dorénavant pour moi la raison, la garantie et la douceur de vivre ! Je veux apprendre toujours davantage à considérer comme la beauté ce qu’il y a de nécessaire dans les choses : — c’est ainsi que je serai de ceux qui rendent belles les choses. Amor fati (accepter son destin) que cela soit dorénavant mon amour. Je ne veux pas entrer en guerre contre la laideur. Je ne veux pas accuser, je ne veux même pas accuser les accusateurs. Détourner mon regard, que ce soit là ma seule négation ! Et, somme toute, pour voir grand :  je veux même, en toutes circonstances, n’être plus qu’un homme qui dit oui ! »